Une refondation institutionnelle destinée à adapter la riposte de l’État aux nouvelles réalités du trafic et de la toxicomanie
Bamako, 20 février 2026 — Acteur central mais discret du dispositif national de lutte contre la drogue, la Mission Interministérielle de coordination de la Lutte contre la Drogue (MILD) amorce une nouvelle étape de son évolution institutionnelle. Créée auprès du ministre chargé de la Sécurité par le Décret n°2015-0399/P-RM du 4 juin 2015, cette structure entend renforcer son efficacité à travers la mise en place de commissions spécialisées, adaptées aux mutations administratives et aux défis contemporains liés au trafic et à la consommation de stupéfiants.
La cérémonie d’installation des commissions s’est tenue ce vendredi dans les locaux du Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, sous la présidence du Secrétaire général dudit département, M. Oumar Sogoba. À ses côtés figuraient notamment le Chef de Cabinet, le Contrôleur principal de police Seydou Mamadou Doumbia, ainsi que le Secrétaire permanent de la MILD, le Médecin-Colonel Ismaël Macalou. Plusieurs représentants de départements ministériels ont également pris part aux travaux.
Une nécessaire adaptation aux mutations institutionnelles
Selon les dispositions du décret fondateur, la MILD est présidée par le ministre chargé de la Sécurité et regroupe une vingtaine de directeurs issus de différents ministères. Toutefois, plus d’une décennie après sa création, l’architecture administrative de l’État a évolué : certaines directions initialement membres ont été supprimées ou réorganisées.
Face à cette nouvelle donne, les participants ont validé le principe d’une refonte des commissions, afin de mieux refléter la réalité institutionnelle actuelle et de permettre aux départements concernés de s’y inscrire avec davantage d’efficacité. Les échanges techniques ont permis d’acter une méthodologie orientée vers une coordination renforcée et une action fondée sur des données probantes.
Cinq commissions ont ainsi été instituées :
- la Commission Politique et Stratégie ;
- la Commission Législation et Répression ;
- la Commission Prévention et Sensibilisation ;
- la Commission Trafic licite et Prise en charge des toxicodépendants ;
- la Commission Coopération internationale.
Vers une action « mieux structurée et intégrée »
Dans son allocution, M. Oumar Sogoba a salué une démarche « parfaitement logique », tout en reconnaissant les insuffisances passées en matière de coordination. « Pendant longtemps, nos interventions ont souffert d’un manque de coordination », a-t-il admis, soulignant que des initiatives, « bien que nombreuses, évoluaient en vase clos, limitant leur portée et leur efficacité ».
L’installation des nouvelles commissions devrait, selon lui, permettre de rendre les actions « mieux structurées, intégrées et fondées sur des données probantes », avec une approche résolument transversale.
Évoquant les conséquences sociales et sécuritaires de la consommation de stupéfiants, le magistrat a insisté sur la complexité du phénomène criminel. Certains délits, tels que les vols ou escroqueries, peuvent être commis pour financer une dépendance, tandis que la prise de drogues peut, dans d’autres cas, précéder des actes d’une particulière gravité. Il a également alerté sur les violences liées à la rivalité entre trafiquants pour le contrôle des zones de distribution. « Il faut livrer une lutte implacable contre le fléau de la toxicomanie », a-t-il conclu.
Une dynamique d’action soutenue
Cette session s’inscrit dans une séquence plus large d’initiatives portées par le ministère. Vingt-quatre heures auparavant, le Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile coorganisait, avec le Ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, une journée de sensibilisation consacrée au dopage, à la drogue et au VIH/SIDA au profit de plusieurs centaines d’agents de la Police et de la Protection civile, dans l’enceinte de l’École nationale de Police.
Dans le même élan, l’Office Central des Stupéfiants (OCS) procédait, le 16 février dernier, à l’incinération de drogues et de produits psychotropes saisis sur l’ensemble du territoire national.
Autant d’actions qui traduisent une volonté affichée des autorités de hisser la lutte contre la drogue et les réseaux criminels à un niveau supérieur, dans un contexte marqué par la banalisation de la consommation et la sophistication croissante des circuits de trafic. Par la structuration de ses commissions, la MILD ambitionne désormais d’inscrire cette riposte dans la durée, avec une coordination accrue et une efficacité consolidée.
B S S