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Jeudi 15 octobre 2026 · Bamako
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REMA 2026 : Alif Naaba veut transformer les followers en acteurs de l’économie musicale africaine

Du 22 au 24 octobre, Ouagadougou accueillera la 9ᵉ édition des Rencontres musicales africaines (REMA), autour du thème « Followers : de passifs à actifs ». Son directeur, Alif Naaba, revient sur l’évolution de cet événement lancé en 2018 et appelle à une mobilisation accrue des publics en faveur des artistes africains.

OUAGADOUGOU, Burkina Faso L’industrie musicale africaine est appelée à franchir un nouveau cap : convertir l’engouement numérique en retombées économiques concrètes pour les artistes. C’est l’ambition affichée par la 9ᵉ édition des Rencontres musicales africaines (REMA), prévue du 22 au 24 octobre 2026 à Ouagadougou, au Burkina Faso. Placé sous le thème « Followers : de passifs à actifs », ce rendez-vous entend mettre en débat les mécanismes susceptibles de transformer les abonnés des réseaux sociaux en véritables acteurs du développement de l’économie musicale.

Portées par la Cour du Naaba depuis leur création en 2018, les REMA se sont progressivement imposées comme un cadre de réflexion, de formation et de rencontres professionnelles consacré aux enjeux et aux mutations de l’industrie musicale africaine. À travers cette nouvelle édition, les organisateurs entendent notamment questionner les modèles économiques du secteur, la monétisation des œuvres et l’engagement réel des communautés numériques.

Dans un entretien accordé à notre rédaction, le directeur des REMA, Alif Naaba, revient sur la genèse de l’événement, son évolution au fil des années et les défis auxquels l’écosystème musical africain demeure confronté.

Pour Alif Naaba, la création des REMA répond avant tout à un besoin de structuration de l’industrie musicale africaine, notamment par une meilleure connaissance de son poids économique.

« Nous voulions faire de Ouagadougou un incubateur important pour la musique, un lieu de réflexion », explique-t-il. Selon le directeur de l’événement, le manque de données chiffrées constitue l’un des principaux obstacles à une meilleure reconnaissance du secteur.

L’absence de statistiques suffisamment documentées, estime-t-il, complique l’évaluation de la contribution de la musique au développement des pays africains et limite la capacité des pouvoirs publics à mesurer les enjeux économiques de cette industrie.

C’est dans cette perspective que les REMA ont été conçues comme un espace de partage d’informations, de bonnes pratiques et d’expériences professionnelles. L’objectif est de favoriser une meilleure compréhension des réalités du marché et de contribuer à la mise en place de conditions plus favorables au développement du secteur musical sur le continent.

Neuf années après leur lancement, les REMA affichent un parcours marqué, selon leur directeur, par une progression constante. À leurs débuts, les rencontres réunissaient un cercle restreint de professionnels, estimé à six ou sept personnes. Elles ont ensuite élargi leur audience, d’abord au Burkina Faso, puis à la sous-région, avant de s’ouvrir davantage aux acteurs du continent et à des partenaires internationaux.

Initialement centrées sur la formation, les panels de discussion, le réseautage professionnel, les rencontres entre entreprises et les showcases, les REMA ont également enrichi leur programmation avec le REMA Play, un volet destiné au grand public lancé depuis quatre ans, selon Alif Naaba.

Cette évolution traduit la volonté des organisateurs de rapprocher les professionnels de la musique de leurs publics, tout en renforçant les possibilités de collaboration et de développement de projets.

Pour cette 9ᵉ édition, l’ambition reste la même : consolider les acquis et adapter les réflexions aux transformations du marché musical. Le choix du thème consacré aux followers s’inscrit précisément dans cette dynamique.

Du « like » à l’achat : le défi de la conversion numérique

À l’heure où les réseaux sociaux occupent une place importante dans la promotion des artistes, la question de la rentabilité de leur audience devient centrale. Pour Alif Naaba, disposer d’un grand nombre d’abonnés ne garantit pas nécessairement des revenus à la hauteur de la visibilité obtenue.

« Il y a beaucoup d’artistes qui comptent de nombreux followers et, malheureusement, ces followers ne sont pas engagés quand il s’agit de passer à l’acte : acheter les œuvres ou aller aux concerts et payer les tickets », souligne-t-il.

Le thème « Followers : de passifs à actifs » vise ainsi à interroger l’écart entre la popularité numérique et le soutien économique effectif. Il s’agit, selon le directeur des REMA, d’encourager les internautes à dépasser les simples mentions « J’aime » pour s’engager davantage dans la consommation des productions musicales et la fréquentation des spectacles.

Au-delà du comportement des publics, cette problématique renvoie également aux difficultés de monétisation rencontrées par certains artistes et marchés musicaux africains. Alif Naaba indique avoir entendu des professionnels de plusieurs pays de la sous-région exprimer leurs préoccupations à ce sujet.

Les échanges prévus lors des REMA devraient donc permettre d’examiner les obstacles à la valorisation des contenus musicaux et d’explorer des pistes susceptibles de mieux convertir la visibilité numérique en revenus pour les créateurs.

L’enjeu est de taille : mieux comprendre l’impact réel des communautés en ligne sur la carrière des artistes, mais aussi favoriser des mécanismes économiques permettant à la musique africaine de tirer davantage profit de son audience.

Alif Naaba appelle à une mobilisation des professionnels et du public

À quelques jours de l’ouverture des rencontres, le directeur des REMA adresse un message de bienvenue aux artistes, aux professionnels de la culture, aux partenaires et au public attendu à Ouagadougou.

« Nous vous attendons au Burkina », déclare-t-il, invitant les participants à faire de cette édition un moment de dialogue, de partage d’expériences et de construction collective.

Pour Alif Naaba, les REMA doivent contribuer à renforcer les liens entre les différents acteurs de l’écosystème musical et à faire émerger des propositions concrètes face aux défis du secteur.

Prévue du 22 au 24 octobre 2026, cette 9ᵉ édition entend ainsi placer au cœur des discussions une question essentielle pour l’avenir de la musique africaine : comment faire de la popularité numérique un véritable levier de création de valeur, de rémunération des artistes et de développement de l’industrie musicale ?

À Ouagadougou, les échanges devront permettre de confronter les expériences et d’identifier des pistes d’action. Car, au-delà du nombre d’abonnés et des performances affichées sur les plateformes, la pérennité de la musique africaine dépend aussi de sa capacité à transformer l’attention du public en un soutien concret aux créateurs.

MORY TOURE

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